La cession ou l’acquisition d’une entreprise est bien plus qu’une simple transaction financière. C’est un tournant de vie. Charlotte Hervy et Renaud Thoma, associés chez Group P, nous ouvrent les portes de leur métier de « passeurs » d’entreprises. Entre expertise technique rigoureuse et accompagnement humain, ils décryptent les enjeux actuels d’un marché en pleine mutation.

Renaud Thoma
ASSOCIÉ GROUP P

Charlotte Hervy
ASSOCIÉE GROUP P
Dans le monde des affaires, la transmission d’entreprise est souvent perçue sous un angle purement comptable ou juridique. Pourtant, pour celui qui cède le fruit de parfois des décennies de travail, l’aspect émotionnel prime souvent sur la colonne des profits. C’est sur cette dualité que Group P a bâti sa réputation. Composée de sept collaborateurs actifs en Belgique et au Luxembourg, l’équipe propose un accompagnement de A à Z, du mandat de négociation complet à l’expertise ponctuelle.
Un accompagnement sur mesure : du chiffre au ressenti
« Le cœur de métier de Group P est la négociation des meilleures conditions de vente ou d’achat. Notre rôle part de l’identification des contacts pertinents jusqu’à la conclusion des discussions », explique Renaud Thoma. « Mais si le processus est technique par ses aspects juridiques et financiers, il est surtout irrigué par l’humain », s’empresse-t-il d’ajouter « L’acquéreur est souvent plus froid, plus rationnel que le cédant qui se sépare de son ‘bébé’ et pour qui c’est un processus chargé d’émotions. »
Pour répondre à cette complexité, les deux associés forment un duo complémentaire. Renaud Thoma se concentre sur l’analyse des chiffres, la valorisation et la stratégie financière. Forte de son parcours de commerciale et de coach, Charlotte Hervy apporte une dimension relationnelle indispensable. « Je suis là pour écouter l’histoire des entrepreneurs. Certains ont tout sacrifié pour leur entreprise. Ils ont besoin d’un climat de confiance pour transmettre leur projet sereinement », nous confie-t-elle. Cette double approche permet de filtrer les acquéreurs non seulement sur leur solvabilité, mais aussi sur leur adéquation avec l’ADN de l’entreprise cédée.
Ce qui distingue Group P, c’est aussi le vécu de ses associés. Tous deux ont été entrepreneurs avant de devenir consultants en transmission. Renaud Thoma a lui-même racheté et revendu deux sociétés. « Cela permet d’être dans le concret. Je me souviens d’un cédant de 68 ans qui, malgré son apparente stabilité, tremblait de tout son corps au moment de signer l’acte à la banque. »
C’est cette compréhension intime du « grand saut » qui permet à Charlotte Hervy et Renaud Thoma d’accompagner leurs clients non pas comme de simples prestataires, mais comme des partenaires de vie. Dans un monde de chiffres, ils rappellent que derrière chaque bilan comptable, il y a une aventure humaine qui mérite d’être transmise avec soin.
Si le processus est technique par ses aspects juridiques et financiers, il est surtout irrigué par l’humain.
Pourquoi vendre ?
Si la retraite reste la raison principale des cessions – représentant plus d’un dossier sur deux -, le profil des vendeurs évolue. « On voit apparaître une clientèle plus jeune, entre 35 et 45 ans », note Renaud Thoma. « Contrairement à leurs aînés qui restaient quarante ans à la tête de la même structure, ces millennials de l’entrepreneuriat n’hésitent pas à revendre une société saine pour financer un nouveau projet. »
À l’inverse, les cessions pour cause de difficultés financières restent minoritaires dans l’activité du cabinet. « Ce ne sont pas les dossiers où nous apportons le plus de valeur ajoutée. Un avocat ou une procédure de réorganisation judiciaire est alors plus indiqué », précise l’associé.
De même, les transmissions de parents à enfants restent relativement rares, souvent freinées par des réalités financières insurmontables. « Si une société vaut plusieurs millions, les enfants n’ont pas forcément les fonds propres nécessaires pour convaincre une banque de financer le solde. Le dirigeant se retrouve alors face à un dilemme : vendre au rabais à sa progéniture et voir son capital pension s’évaporer, ou vendre au prix du marché à un tiers. Résultat : de nombreux dossiers reviennent sur le marché après quelques années d’hésitation familiale. »
L’entrepreneuriat, un nouveau refuge face à l’insécurité
Malgré un climat économique global incertain, l’attrait pour l’entrepreneuriat et la reprise d’entreprises ne faiblit pas, note Charlotte Hervy. « Au contraire, la crise sanitaire a agi comme un révélateur. Le salariat ne semble plus être le gage de sécurité qu’il était il y a vingt ans. Les entreprises délocalisent, les cadres se sentent remplaçables. Cette insécurité pousse de nombreux profils, parfois très jeunes, à vouloir reprendre une entreprise pour devenir maîtres de leur destin et de leur organisation de vie. »
Le marché actuel est d’ailleurs marqué par un afflux de candidats acquéreurs. « En 2021 et 2022, durant la crise sanitaire, nous avons rencontré beaucoup de gens en quête de sens. Aujourd’hui, par dossier, nous avons plus de marques d’intérêt qu’il y a dix ans », confirme le duo d’experts.