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La transformation thermique, nouveau levier stratégique de compétitivité

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Après vingt années consacrées à l’optimisation périphérique et à la digitalisation des utilités, l’industrie belge atteint un plateau de performance. Pour Sébastien Schellen, Fondateur et CEO d’Exergia, les prochains gains majeurs de compétitivité ne viendront plus des optimisations périphériques, mais d’une refonte profonde du cœur même des usines : les procédés thermiques. Entretien sur les enjeux d’une réindustrialisation qui place l’efficience énergétique au service de la résilience économique.


Sébastien Schellen

FONDATEUR ET CEO D’EXERGIA

L’industrie a fait ses devoirs. Depuis vingt ans, les sites de production ont multiplié les initiatives pour réduire leur empreinte et leurs factures : isolation des réseaux, généralisation des variateurs de vitesse, déploiement du monitoring énergétique et intégration des outils de l’industrie 4.0. « Si ces démarches étaient indispensables, elles arrivent aujourd’hui à maturité », estime Sébastien Schellen. «  Dans un contexte de prix de l’énergie volatils et de pression carbone croissante, les gains incrémentaux de 2 ou 3 % ne suffisent plus à garantir la pérennité des sites les plus énergivores. »

Le plafond de verre des gains incrémentaux

Pour le CEO, le constat est sans appel : une grande partie des outils de production actuels est héritée d’un modèle énergétique obsolète. « L’industrie s’est construite sur une énergie fossile abondante et un gaz bon marché. Résultat : on voit encore trop souvent des réseaux vapeur complexes produire de la haute température pour des usages qui nécessitent moins de 100°C, ainsi que des mégawatts de chaleur fatale dissipés inutilement dans l’atmosphère. »

Pendant longtemps, les projets énergétiques ont été traités comme des sujets périphériques. « Aujourd’hui, ils touchent directement au cœur de la stratégie industrielle des sites », poursuit-il. « L’enjeu n’est plus de gagner quelques points d’efficacité sur l’éclairage ou les moteurs électriques, mais de s’attaquer au procédé lui-même pour aller chercher des réductions de consommation fossile de l’ordre de 30 à 50 %. »

Dans un contexte de prix de l’énergie volatils et de pression carbone croissante, les gains incrémentaux de 2 ou 3 % ne suffisent plus à garantir la pérennité des sites les plus énergivores.

Repenser l’architecture thermique

Selon notre interlocuteur, le passage d’une optimisation périphérique à une transformation structurelle des procédés repose sur trois leviers concrets.

Le premier est l’électrification intelligente, notamment via la recompression mécanique de vapeur. « Dans des secteurs comme la chimie ou l’agroalimentaire, cette technologie permet de recycler la vapeur produite par le procédé pour la réinjecter comme source d’énergie. Sur certains projets, cette approche a permis de substituer 54 GWh de gaz par an, représentant près de 3 millions d’euros d’énergie fossile évités chaque année, avec un retour sur investissement inférieur à deux ans. »

Le deuxième levier réside dans la valorisation de la chaleur fatale par l’installation de pompes à chaleur industrielles, capables de récupérer l’énergie perdue pour la réinjecter à un niveau de température utile pour les procédés.

Le troisième consiste à simplifier les architectures thermiques en ajustant les niveaux de température produits aux besoins réels, évitant ainsi les surcoûts de production liés à des températures inutilement élevées.

Transformer des enjeux complexes en projets concrets

Dans un pays comme la Belgique, où le ratio de prix entre l’électricité et le gaz est peu favorable, la simple substitution technologique ne suffit toutefois pas. «  Remplacer une chaudière gaz par une chaudière électrique sans toucher au procédé est souvent impossible à justifier économiquement  », prévient Sébastien Schellen. « La clé de la rentabilité réside dans la réduction préalable de l’intensité énergétique du procédé. Une fois la demande thermique optimisée, la décarbonation devient un moteur de compétitivité et non une contrainte. »

Dans son accompagnement des industries, Exergia affirme un ADN de bureau d’études et de projets résolument tourné vers le terrain. « Notre rôle est de transformer des problématiques techniques complexes en investissements viables et finançables », insiste notre interlocuteur. De l’analyse stratégique à la mise en service, sa société intervient sur l’ingénierie, la coordination des fournisseurs et la validation des performances. Elle aide également les industriels à structurer le montage financier de leurs projets, en intégrant des mécanismes de soutien publics et privés.

En levant les verrous techniques et financiers, Exergia permet ainsi aux industriels de transformer la décarbonation en un véritable levier de compétitivité et de résilience industrielle.

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