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De la détention à l’entreprise : le défi d’un recrutement innovant

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Face à la pénurie de main-d’œuvre et à l’exclusion sociale d’anciens détenus, l’agence bruxelloise Unago propose un modèle de recrutement innovant. Aloïse Louis, Gérante d’Unago, nous explique comment transformer une « erreur de parcours » en opportunité durable pour les entreprises.


Aloïse Louis

GÉRANTE D’UNAGO

« Pour une personne sortant de détention, le casier judiciaire agit souvent comme un mur infranchissable », relève d’emblée Aloïse Louis. C’est de ce paradoxe qu’est née Unago. « Nous fonctionnons comme une agence de recrutement classique, mais nous accompagnons un public au parcours différent. » Fondée par sa collègue Coraline, criminologue de formation, l’agence fait le pont entre des secteurs en tension comme le bâtiment ou la logistique et des candidats dont la motivation est décuplée par un besoin vital de stabilité.

L’un des plus gros défis de l’agence est de dissiper les craintes des employeurs, souvent nourries par des clichés sur l’insécurité. « La réalité est plus nuancée : la durée moyenne de détention est de 6 à 8 mois, témoignant de délits souvent mineurs », argumente notre interlocutrice. « Et pour ce qui est du taux de récidive, qui culmine à 70 % en moyenne, il chute drastiquement à 15 % lorsqu’une personne accède à un emploi. Travailler n’est pas seulement une source de revenus, c’est le meilleur rempart contre la rechute. »

Travailler n’est pas seulement une source de revenus, c’est le meilleur rempart contre la rechute.

Contrairement aux agences traditionnelles, Unago privilégie la profondeur de l’accompagnement à la rentabilité immédiate. « Chaque candidat bénéficie de trois ou quatre entretiens préalables. Nous voulons comprendre sa situation tant personnelle que professionnelle. Nous sommes le dernier maillon de la chaîne. » À cette fin, l’agence collabore aussi étroitement avec des partenaires publics – Actiris, CPAS, Maisons de justice – pour s’assurer que les candidats sont prêts. « Un logement stable et une bonne gestion des dettes éventuelles sont des prérequis indispensables avant toute présentation à un employeur. »

Depuis début 2024, l’agence a opéré de nombreuses remises à l’emploi à Bruxelles, notamment au sein d’entreprises telles que Embelco Art Shipping, Décathlon et JCDecaux. Pour assurer des embauches à long terme, leur service comprend un suivi post-embauche d’un an. « Offrir une seconde chance à ces personnes est un investissement gagnant, tant pour elles-mêmes que pour les entreprises qui les engagent et même pour la société au sens large », conclut Aloïse Louis.

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