À l’heure où les réformes de l’emploi et des titres-services redessinent le paysage wallon, les entreprises d’insertion rappellent leur rôle social auprès des publics les plus fragilisés. Souvent méconnues du grand public, les entreprises d’insertion occupent pourtant une place particulière dans le monde du travail. Regroupées au sein de la fédération InitiativES, elles emploient en Wallonie près de 6.000 travailleurs à travers une centaine de structures actives notamment dans les titres-services, le bâtiment, l’Horeca ou encore les parcs et jardins.
Leur particularité ? Engager prioritairement des personnes éloignées de l’emploi. « Nous engageons majoritairement des personnes non porteuses du secondaire supérieur et qui cumulent souvent plusieurs difficultés : longue période d’inactivité, problèmes de français, situation familiale compliquée ou autres freins à l’embauche », explique Denis Morrier, président d’InitiativES.
Des bénéfices pour toute la société
Pour le responsable, l’impact dépasse largement la seule création d’emplois. « Quand une personne travaille chez nous, elle a un contrat, un salaire et participe à la consommation. Il y a donc un effet retour financier pour les pouvoirs publics à travers la diminution de certaines aides sociales et des allocations de chômage. »
Mais les bénéfices sont aussi humains. « Lorsqu’une personne éloignée de l’emploi retrouve un travail dans un cadre adapté, il y a un mieux-être pour elle et pour son entourage. Pour un enfant, c’est toujours mieux de pouvoir dire que son père ou sa mère travaille. Ce n’est pas caricatural, c’est une réalité que nous constatons sur le terrain. »
Nous engageons majoritairement des personnes non porteuses du secondaire supérieur et qui cumulent souvent plusieurs difficultés.
Une spécificité à préserver
Dans le contexte des réformes actuelles des aides à l’emploi et des titres-services, Denis Morrier plaide pour la préservation de ce modèle. Il regrette notamment la disparition du dispositif SINE, qui permettait un accompagnement de longue durée des travailleurs les plus fragilisés.
« Notre métier ne consiste pas uniquement à fournir un service. Nous allons aussi chercher des personnes qui, bien souvent, n’auraient pas été engagées ailleurs. Nous travaillons sur les nombreux freins qui empêchent parfois l’accès à l’emploi et nous les accompagnons dans la durée. »
Un accompagnement qui contribue également à fidéliser les travailleurs et à limiter le turn-over, une réalité que les entreprises d’insertion considèrent comme l’une de leurs principales plus-values sociales.
Quelques chiffres clés selon le rapport de 2024 de l’observatoire de l’économie sociale :
– Ancienneté moyenne : 26,9 ans (vs 14,9 ans en économie conventionnelle)
– Turn-over réduit : taux de rotation de 3-4% (vs 4-6%)
– Fidélisation forte : +29% de salarié·es de plus de 60 ans en économie sociale
– Proximité domicile-travail : 15,4 km en moyenne (vs 18,7 km)
– Valeur réinvestie : 17% des fonds propres en réserves impartageables (vs 3%) ; dividendes limités à 0,6% (vs 10%)