Longtemps cantonnées au domaine du divertissement ou perçues comme des gadgets futuristes, la réalité virtuelle et la réalité augmentée s’imposent désormais comme des leviers de compétitivité majeurs pour les entreprises. Pour Monique Defraiteur, CEO de Sidema, ces technologies sont de véritables outils d’aide à la décision, de formation et d’optimisation industrielle.

Monique Defraiteur
CEO DE SIDEMA
Dans l’imaginaire collectif, le casque de réalité virtuelle reste souvent associé au jeu vidéo. Sur le terrain de l’industrie et des services B2B, la réalité est tout autre. « C’est un outil qui permet de se projeter dans un environnement qui n’existe pas encore », résume d’emblée Monique Defraiteur.
L’un des premiers défis auxquels répond la modélisation 3D est celui de la mobilité et de l’encombrement. Lorsqu’une entreprise conçoit une machine industrielle complexe, la présenter sur un salon ou chez un prospect relève souvent du défi logistique et financier. « Une machine volumineuse coûte cher à déplacer et nécessite des stands imposants. Grâce à la réalité virtuelle, nous pouvons modéliser l’équipement pour permettre au client d’en comprendre le fonctionnement et de se l’approprier, sans que la machine ne soit présente physiquement », détaille notre interlocutrice.
L’étape suivante franchit les portes de l’usine du client grâce à la réalité augmentée. En superposant le modèle virtuel à l’environnement réel, les décideurs peuvent vérifier en temps réel l’implantation de l’équipement. « On peut ainsi valider des points critiques tels que l’ergonomie, les flux de circulation ou les contraintes de sécurité avant même la signature du bon de commande. On ne vend plus seulement une machine, on vend son intégration parfaite dans une chaîne de production existante », poursuit la CEO de Sidema.

Désamorcer la résistance au changement et former
Ces technologies sont aussi des alliées précieuses pour la gestion des ressources humaines. « L’implémentation d’un nouvel outil de production génère souvent une résistance au changement. En impliquant les collaborateurs très tôt dans le processus grâce à une immersion virtuelle, l’entreprise favorise l’appropriation de la machine et crée un sentiment d’appartenance au projet. »
Mais c’est sans doute sur le terrain de la formation que le gain de performance est le plus spectaculaire. « Traditionnellement, la formation des opérateurs commence à la livraison de la machine, ce qui retarde sa mise en production effective. Avec la simulation virtuelle, les équipes sont formées en amont. Le jour où la machine est installée, elle est déjà rentable puisque tout le monde sait l’utiliser », précise Monique Defraiteur. « Ce modèle est particulièrement pertinent pour les secteurs à hautes contraintes, comme les salles blanches. Former du personnel dans ces environnements coûte extrêmement cher en raison des protocoles de stérilisation et de maintenance. Le virtuel permet de s’exercer sans risque et sans coût de structure. »
De plus, estime la CEO, la réalité virtuelle offre une réponse concrète à la pénurie de talents et au défi de la transmission des savoirs : « Dans un contexte où les seniors experts sont fortement mobilisés par la production, la formation virtuelle permet de dédoubler leur capacité de transmission. Un senior peut ainsi superviser plusieurs juniors s’exerçant sur des jumeaux numériques, sans pour autant arrêter sa propre production. C’est une réponse agile à la double perte de rentabilité classiquement liée à l’écolage. »
La technologie permet de vivre des situations dangereuses sans jamais exposer le collaborateur à un risque réel.
Sécurité et prévention : la vigilance partagée
Enfin, Sidema utilise la puissance de l’immersion pour renforcer la sécurité au travail. La start-up a développé des modules spécifiques, comme la « chasse aux risques » en entrepôt. Le principe ? Plonger l’employé dans un environnement virtuel où il doit détecter des anomalies. « On travaille sur le concept de vigilance partagée : ‘Je suis responsable de moi, mais aussi des autres’ », note Monique Defraiteur. « Que ce soit pour sensibiliser aux angles morts des engins de chantier ou aux difficultés spécifiques du travail de grutier, la technologie permet de vivre des situations dangereuses sans jamais exposer le collaborateur à un risque réel. »
En intégrant la vue, l’ouïe et parfois même l’odorat ou le toucher, ces expériences créent un ancrage mémoriel bien plus puissant qu’une formation théorique classique. Pour Sidema, l’objectif est atteint : la technologie s’efface derrière l’usage pour devenir un pilier de la stratégie d’entreprise.