Pour réduire son empreinte carbone sans sacrifier sa rentabilité, l’industrie lourde européenne doit opérer une mutation technologique profonde : l’électrification de ses procédés. Au cœur de cette transition, la PME belge JEMA remplit un rôle prépondérant : elle conçoit des convertisseurs d’énergie sur mesure. Elle permet ainsi aux secteurs les plus énergivores, comme la métallurgie, de troquer les énergies fossiles pour une électricité décarbonée.

Nicolas Bronchart
CEO DE JEMA
Dans le paysage technologique belge, JEMA fait figure de pionnière. Fondée en 1937, l’entreprise a bâti sa réputation sur l’électronique de puissance et la conversion d’énergie (AC/DC). Historiquement liée aux infrastructures ferroviaires et de communication, elle a pris un tournant décisif dans les années 1970 lors de son rapprochement avec l’UCLouvain pour équiper le nouveau cyclotron. Aujourd’hui basée à Louvain-la-Neuve, elle emploie une soixantaine de collaborateurs, complétés par une équipe de 25 personnes en Alsace.
« Nous concevons, fabriquons et installons des systèmes sur mesure pour des applications industrielles très spécifiques qui nécessitent des courants particuliers », explique d’emblée Nicolas Bronchart, CEO de l’entreprise. L’activité de celle-ci repose sur deux piliers majeurs : les accélérateurs de particules pour la recherche et le secteur médical – notamment l’imagerie et le traitement du cancer – et, de plus en plus, l’électrification des processus industriels pour les entreprises en quête de décarbonation.

La métallurgie, fer de lance de la transition électrique
Le secteur de la métallurgie, dont on connaît la dépendance au gaz et au fioul, constitue un terrain d’application privilégié pour JEMA. Ici, l’enjeu est énorme : électrifier des fours capables d’atteindre plusieurs milliers de degrés. « Pour ces processus extrêmes, nos clients utilisent des torches plasma. Ces dispositifs électriques nécessitent des alimentations très spécifiques », précise Nicolas Bronchart.
Le CEO cite l’exemple d’un métallurgiste belge spécialisé dans la récupération de métaux rares. « Pendant des décennies, son procédé reposait sur des brûleurs au gaz naturel. En collaboration avec notre société et le fabricant de torches, l’industriel a réussi à électrifier totalement son four. Le résultat est sans appel : une production à zéro carbone, pour autant que l’électricité injectée soit d’origine renouvelable ou décarbonée. »
Toutefois, Nicolas Bronchart apporte une nuance importante sur la notion de performance : « L’électrification n’améliore pas forcément le rendement thermique pur ; le four fait le même travail qu’avant. Cependant, elle transforme radicalement l’empreinte environnementale et la durabilité de l’entreprise. »
En collaborant avec des universités européennes, la PME wallonne continue de développer les architectures électroniques de demain.
Un défi de taille
Dans un contexte de compétition mondiale, la décarbonation n’est plus seulement une obligation morale ou réglementaire ; elle devient un argument de compétitivité. Pour les leaders de marché et les entreprises visionnaires, investir dans ces technologies de pointe permet de se démarquer et d’anticiper les futures contraintes liées aux taxes carbone.
Mais le défi reste immense. L’électrification industrielle dépend d’un écosystème global : production d’énergie verte, réseaux de transport robustes et systèmes de conversion performants. « Nous travaillons sur la consommation, sur l’interface entre le réseau et le process », souligne le CEO. De plus, pour une PME comme JEMA, le défi est aussi celui de la visibilité face aux géants internationaux : « Il est parfois difficile d’être connu des grands donneurs d’ordres, même en Belgique. Dans un monde idéal, nous intervenons bien avant la commande pour aider le client à concevoir son projet et optimiser l’ensemble des processus, du réseau jusqu’aux produits industriels. »
L’innovation permanente comme moteur
Pour rester à la pointe, JEMA mise sur une innovation constante. Que ce soit pour les niches comme les accélérateurs de particules, présentes depuis de longues années, ou pour celles qui apparaissent et se démocratisent, à l’instar de l’hydrogène vert. « Il y a 20 ans, les électrolyseurs étaient des appareils de faible puissance. Aujourd’hui, la demande s’est déplacée vers des puissances bien plus élevées. Ceci nous force à innover sans cesse pour offrir plus de stabilité et de rendement », analyse Nicolas Bronchart.
En collaborant avec des universités européennes, la PME wallonne continue de développer les architectures électroniques de demain. Pour elle, l’objectif est clair : prouver que l’innovation technologique est le meilleur rempart pour maintenir une industrie forte et durable sur le sol européen.