Dans un contexte de concurrence mondiale acharnée, l’innovation est le moteur indispensable au renouvellement du tissu économique wallon. Son financement est dès lors un enjeu crucial. Toutefois, un constat s’impose : la difficulté de transformer une excellence académique en une force industrielle pérenne sur le sol régional. Pour Sylvie Creteur, CEO d’IMBC – Invest Mons Borinage Centre -, l’avenir se joue sur notre capacité à ancrer la valeur ajoutée chez nous, pour éviter qu’elle ne soit captée par des puissances étrangères.
Un maillon faible : de la recherche à l’industrialisation
La Wallonie dispose de centres de recherche et d’universités parmi les plus prestigieux au monde. Pourtant, la transition du laboratoire à l’usine reste une étape critique où bon nombre de projets s’égarent. « Aujourd’hui, le passage de la recherche à une entreprise qui grandit et qui reste sur le sol wallon reste un maillon faible », déplore Sylvie Creteur.
Sans un soutien financier massif et local lors du passage à l’échelle, le risque est de voir s’exiler non seulement le fruit de nos recherches mais aussi nos talents. Notre interlocutrice prévient avec force : « Si on n’ancre pas la valeur qui est créée dans notre région, elle est captée et industrialisée ailleurs. C’est ici toute la problématique de la fuite des cerveaux et de la propriété intellectuelle qui, faute de capitaux wallons ancrés, finissent par créer de l’emploi ailleurs, par exemple en Asie ou aux États-Unis. »
C’est ici que les outils de financement et d’accompagnement comme ceux d’IMBC et de Wallonie Entreprendre jouent un rôle de rempart.
La fin de l’insouciance : la souveraineté retrouvée
La problématique de l’emploi est loin d’être la seule conséquence de tels exils. La crise sanitaire a agi comme un électrochoc, révélant à suffisance notre dépendance industrielle sur des produits aussi basiques que les masques.
Pour la CEO d’IMBC, l’innovation et la souveraineté industrielle sont les réponses directes à de tels manquements. « La souveraineté, ce n’est toutefois pas tout garder chez soi ; c’est garder la décision », tient-elle à préciser. Cela passe par une maîtrise du capital : « Si une entreprise wallonne de pointe est obligée d’ouvrir son capital à des fonds fermés ou des fonds anglo-saxons pour grandir, elle perd souvent son autonomie stratégique. À un moment donné, si le capital n’est pas présent sur le territoire, le champion se fait racheter et l’on finit par sous-traiter une innovation qu’on a soi-même inventée. Le combat pour le financement est donc, par essence, un combat pour la liberté de décision économique de la région. »
Le défi du grand capital wallon
Sylvie Creteur lie intrinsèquement innovation, souveraineté et compétitivité. Pour elle, une région de petite taille aux salaires élevés ne peut pas lutter sur les coûts de production de masse. « Son seul levier durable, c’est de faire ce que les autres ne savent pas encore faire. L’innovation n’est pas un supplément de compétitivité ; elle est la condition sine qua non à la pérennité. Financer l’innovation d’aujourd’hui, c’est financer l’entreprise de demain. Celui qui finance uniquement le prouvé finance en réalité le passé. » En clair, il s’agit notamment de transformer l’industrie existante pour la rendre plus robuste, digitale et décarbonée.
« Le financement de l’amorçage des projets industriels a été relativement bien couvert en Wallonie jusqu’à présent », relève encore la CEO, Toutefois, s’empresse-telle d’ajouter, « c’est le grand capital pour la croissance qui fait le plus défaut. » C’est ici que les outils de financement et d’accompagnement comme ceux d’IMBC et de Wallonie Entreprendre jouent un rôle de rempart. En proposant ce que Sylvie Creteur appelle un « capital patient », ces structures permettent aux entrepreneurs de construire sur le long terme, sans la pression d’une sortie rapide imposée par des fonds fermés non evergreen. « Il faut des fonds ayant une vision à long terme et un intérêt pour une construction patiente dans l’attente de retombées locales », conclut-elle.