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Les entreprises face aux défis du travail hybride

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La crise du Covid a bouleversé les habitudes en matière de travail, demandant aux entreprises de se réinventer pour garder leurs talents. Entretien avec Bart Mariman et Stéphanie Janssen, respectivement Chief Commercial Officer et Workplace Experience Manager chez ISS 

En quoi le travail hybride représente-t-il une opportunité pour l’entreprise et ses collaborateurs ?

Bart Mariman : « En pleine crise du Covid, beaucoup de sociétés ont pris des décisions un peu hâtives, en implémentant un homeworking à 80 % ou à 100 %. Un choix qui a vite montré ses limites au niveau de la cohésion sociale et de l’évolution de carrière : ce n’est pas seul dans son bureau chez soi qu’on développe sa carrière, mais au contact des autres. Pourtant, aujourd’hui, une société qui demanderait de revenir au bureau cinq jours par semaine se mettrait en difficulté, surtout en pleine guerre des talents : la génération Z veut surtout de la flexibilité ! » 

Beaucoup de nouvelles sociétés créent de nouvelles ressources afin de venir supporter la flexibilité des employés tant appréciée par les nouvelles générations.

Stéphanie Janssen

Stéphanie Janssen: « Dans cette optique, le travail hybride participe clairement à un bon équilibre travail-vie privée et il est donc appelé à se maintenir. Parallèlement, les sociétés vont devoir s’adapter à ce défi, mais elles peinent encore actuellement à trouver les solutions optimales, du fait que le taux d’occupation de leurs locaux par rapport au nombre de mètres carrés est plus faible qu’avant, créant une atmosphère inoccupée, et du fait qu’elles peinent à cadrer une nouvelle manière de travailler hybride. La clé pour résoudre cette problématique est d’effectuer une bonne analyse Workplace, afin de définir une approche stratégique qui favorisera les bonnes décisions, et d’avoir une culture d’entreprise basée sur la flexibilité. »

Nous constatons chez nos clients une collaboration de plus en plus étroite entre les Facility Managers et les RH, ce qui n’était pas du tout le cas auparavant ?

Bart Mariman

B. M. : « A la fin du confinement, il a été constaté que c’étaient essentiellement les générations X et Z qui revenaient le plus rapidement au bureau. Nous avons ainsi effectué des études pour des clients qui nous demandaient de les conseiller pour ramener les employés au bureau. Les coûts énergétiques peuvent être une bonne motivation : un employé qui travaille chez lui consomme évidemment plus d’énergie. Mais une autre source d’attractivité peut résider dans un espace de coworking, qui offre de nombreux attraits, comme par exemple un restaurant commun partagé entre plusieurs sociétés et qui permet de diversifier les contacts sociaux. » 

S. J. : « Beaucoup de nouvelles sociétés créent de nouvelles ressources afin de venir supporter la flexibilité des employés tant appréciée par les nouvelles générations, comme les sociétés qui développent des hubs de coworking un peu partout à Bruxelles et en périphérie, offrant aux employés une plus grande élasticité quant à leur choix de lieu de travail. Et donne aux employeurs la possibilité de fermer parfois leur siège principal un jour par semaine et/ou de réduire la superficie de leurs bureaux, avec un effet positif sur les coûts énergétiques et du personnel. »

Les critères ESG jouent-ils aussi un rôle important ?

B. M. : « Ils jouaient déjà un rôle depuis quelques années, mais avec une certaine frilosité des entreprises, dès le moment où cela avait un impact sur leur budget. La donne a changé avec l’arrivée de la  Z sur le marché du travail. La jeune génération se sent investie d’une mission de sauver une planète que les aînés ont largement contribué à abimer. Elle est donc très sensible à ces objectifs, et les investisseurs sont à leur tour particulièrement attentifs à ce que les sociétés dans lesquelles ils investissent respectent les critères ESG.

Ainsi, nous constatons chez nos clients une collaboration de plus en plus étroite entre les Facility Managers et les RH, alors qu’auparavant, ces deux services étaient totalement indépendants l’un de l’autre. Or, une coopération entre ces services peut augmenter considérablement la satisfaction au travail et la productivité au sein d’une entreprise. »  

La clé du succès réside-t-elle dans la combinaison réussie entre Building Design et Service Design ?

S. J. : « Au sein de la génération Y, 77 % des individus sont plus intéressés par les expériences acquises que par les biens matériels. Cela en dit long sur la mentalité de cette génération, qui va représenter 60 % de la force de travail en 2025. Il faut donc que les sociétés comprennent ce changement et développent une culture basée sur l’expérience, afin de garder leurs talents et éviter un certain détachement vis-à-vis du sentiment d’appartenance à l’entreprise et une déconnexion au niveau de la collaboration entre collègues. 

Pour stimuler cet engagement et une meilleure productivité au sein de l’entreprise, le Building Design gère plusieurs aspects : le taux d’occupation pouvant créer un environnement dynamique, la bonne gestion des lieux et des typologies de travail et de la digitalisation permettant une utilisation productive et intelligente, ainsi que le look & feel de l’aménagement favorisant un environnement agréable et fonctionnel. Dans le Service Design, on cherche de plus en plus un niveau de service supérieur qui ressemble presque à un niveau de service hôtelier, sous la supervision d’un Hospitality Manager, créant des services et des événements propices aux besoins de chaque société. » 

Les nouveaux Food Services constituent donc également un critère à prendre en compte?

S. J. : « Les personnes qui travaillent à la maison consacrent parfois un temps non négligeable à devoir cuisiner, d’où l’intéret pour l’employeur de développer une bonne stratégie en matière de Food Service. »

B. M. : « La population jeune actuelle compte déjà beaucoup plus de végétariens, ce qui aura un impact croissant sur la restauration. À cet effet, nous travaillons avec nos clients via une enquête auprès des différentes générations, pour mieux cerner leurs aspirations en la matière. L’important étant, justement, de considérer toutes les générations : en fonction du secteur d’activité, le nombre de profils jeunes et plus âgés peut varier. 

Permettre aux employés de se retrouver dans un environnement qui leur procure toute l’énergie nécessaire est un élément-clé aujourd’hui, où le turnover est très important dans certaines sociétés, avec un coût considérable comme conséquence. La guerre des talents, ce n’est pas uniquement trouver les bons collaborateurs, mais aussi savoir les garder ! »

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