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Future of Industry

Le fer de lance wallon de la fabrication additive au service de la souveraineté industrielle

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Basée en Wallonie, AnyShape s’est imposée en 10 ans comme un partenaire stratégique de rang 1 dans la fabrication additive pour les géants, entre autres, de l’aérospatiale, de la défense et du médical. Entre croissance fulgurante et défis de financement, ses dirigeants, Roger Cocle et Bertrand Herry, plaident pour une véritable culture de l’investissement industriel en Europe.


Roger Cocle

DIRIGEANT ANYSHAPE


Bertrand Herry

DIRIGEANT ANYSHAPE

En 10 ans à peine, AnyShape est devenue un « Tier 1 », soit un fournisseur de premier rang capable de livrer directement des composants critiques aux donneurs d’ordres les plus exigeants de la planète. Avec une croissance dépassant les 40  % et une marge d’EBITDA de 30  %, la société prouve qu’une industrie de pointe, rentable et compétitive, peut s’épanouir au cœur de la Wallonie.

De l’espace aux blocs opératoires : une technologie critique

Le champ d’action d’AnyShape est vaste, couvrant des secteurs où l’erreur n’est pas permise. « Nous livrons aux leaders de l’aérospatiale, de la défense, de la santé et du sport automobile », explique Roger Cocle. « Si notre entreprise collabore étroitement en Belgique avec des fleurons comme Safran Aero Boosters ou la FN Herstal, elle réalise aujourd’hui plus de 70 % de son chiffre d’affaires à l’international. » Ses pièces volent sur des avions Airbus ou des moteurs Safran, orbitent sur des satellites OHB ou Ariane et équipent des monoplaces de Formule 1 ou des prototypes aux 24 Heures du Mans. « Dans le domaine médical, nous produisons des centaines d’implants customisés en titane, implantés chaque année chez des patients souffrant de problèmes de hanches ou de genoux. »

Pour les dirigeants d’AnyShape, il est crucial de distinguer leur métier de ce qu’on appelle communément l’impression 3D. « Si les technologies de base se ressemblent, la finalité est radicalement différente. La fabrication additive industrielle n’a rien à voir avec le prototypage ou le design que l’on trouve dans les Fab Labs », insistent nos deux interlocuteurs. L’entreprise se concentre sur la fabrication de pièces structurelles à très haute valeur ajoutée, prêtes pour une production en série.

La fabrication additive industrielle n’a rien à voir avec le prototypage ou le design que l’on trouve dans les Fab Labs.

Le défi du financement : traverser la « vallée de la mort »

Cette technologie de rupture arrive aujourd’hui à une phase de maturité telle qu’elle peut répondre aux critères de certification les plus drastiques de l’industrie lourde. Malgré ce succès, le chemin vers l’industrialisation reste semé d’embûches, principalement financières. Comme le pointe Bertrand Herry, « si la Wallonie est une terre idéale pour le financement de la R&D, elle peine à accompagner la phase suivante, celle de la montée en puissance industrielle. Réindustrialiser exige d’investir massivement en CAPEX (dépenses d’investissement) pour ensuite obtenir un retour. » Cette exigence est d’autant plus cruciale que, dans l’industrie lourde, les cycles de qualification sont longs – parfois 7 ou 8 ans – avant que les premières commandes de série ne tombent. « C’est ce qu’on appelle la ‘vallée de la mort industrielle’ », précise-t-il.

Selon lui, le système financier actuel, souvent calqué sur les cycles courts du logiciel et du digital, n’est pas adapté. « Certains fonds se disent industriels mais refusent de mettre des dizaines de millions d’euros sur la table avant d’avoir des commandes fermes. Or, sans investissement préalable en capacité, on n’obtient pas les contrats de série. C’est un point bloquant pour créer des champions européens. »

Un atout majeur pour la transition écologique

Pourtant, la fabrication additive dispose d’arguments de poids pour répondre aux défis contemporains. «  Contrairement à la fonderie traditionnelle, elle est peu énergivore et permet une automatisation poussée, compensant ainsi le coût élevé de la main-d’œuvre en Europe  », soutient Bertrand Herry. De plus, elle s’inscrit naturellement dans une démarche de durabilité. « C’est une technologie qui ne génère pas de déchets. On utilise uniquement la matière dont on a besoin. » En limitant le gaspillage de poudres métalliques coûteuses et en optimisant le poids des pièces, AnyShape offre ainsi une solution concrète pour la souveraineté et la réindustrialisation verte de nos régions.

Avec une équipe d’une quinzaine de collaborateurs hautement qualifiés, AnyShape démontre que la Wallonie peut rayonner plus encore à l’échelle mondiale. Mais pour passer du statut de pépite à celui de géant, elle appelle à une prise de conscience : l’industrie de demain a besoin de capitaux patients et audacieux.

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