La Belgique fait partie du peloton de tête des pays européens en matière de tri des déchets industriels. Le revers de la médaille, ce sont un manque criant d’accompagnement et des coûts logistiques prohibitifs pour les entreprises. Jérôme Pickard, Managing Director de MCA Recycling, livre son analyse sur les défis de la gestion des déchets B2B et propose un changement de paradigme basé sur la réduction de volume et la précision des données.

Jérôme Pickard
MANAGING DIRECTOR DE MCA RECYCLING
Pour de nombreux chefs d’entreprise, la gestion des déchets est perçue comme une contrainte subie plutôt que comme un processus optimisé. Le constat dressé par Jérôme Pickard est limpide : « Les collecteurs traditionnels proposent souvent des solutions standardisées qui ne tiennent pas compte des réalités du terrain. On se contente souvent de mettre à disposition des conteneurs de grande taille qui monopolisent un espace précieux. »
Dans un environnement industriel où chaque mètre carré est optimisé pour la production, devoir sacrifier plusieurs emplacements de parking ou des zones de stockage pour des bennes de 30 m³ est dès lors une aberration pour beaucoup d’industriels.
Le paradoxe environnemental du transport de « vide »
Autre point critique soulevé par le directeur de MCA Recycling : l’effet carbone de la logistique, alors que le tri des déchets a précisément pour but de réduire l’impact environnemental. « Le cas du polystyrène expansé – la frigolite – est édifiant. Installer un conteneur géant pour ce matériau extrêmement volumineux mais presque sans poids génère un ballet de camions qui consomment 30 litres au 100 pour ne transporter finalement que 250 kilos de matière. Pour le papier et le carton, on aboutit à des situations analogues. »
En vue de remédier à tout cela, l’objectif n’est plus seulement de trier, estime Jérôme Pickard, mais de maximiser la densité des matières transportées : « En utilisant des technologies de compactage sur site, on peut par exemple transformer un flux de frigolite de 15 kg/m³ en briquettes denses de 300 kg/m³. Ce rapport de 1 à 20 change radicalement la donne, tant sur le plan financier que sur celui de l’empreinte carbone. »
Les collecteurs traditionnels proposent souvent des solutions standardisées qui ne tiennent pas compte des réalités du terrain.
L’innovation face à au dédale des législations régionales
En Belgique, la complexité du tri est encore accentuée par la régionalisation des compétences. « Les industriels doivent jongler avec trois législations différentes », relève notre interlocuteur. « En Flandre, sous l’égide de l’OVAM, les obligations de tri sont particulièrement strictes, imposant parfois plus de 25 flux de déchets distincts. Bruxelles et la Wallonie suivent de près avec des exigences croissantes. »
Cette multiplication des flux – films étirables, palettes, bois, métaux, papiers, déchets de production, etc. – est un véritable défi. « C’est ici que l’accompagnement sur mesure prend tout son sens : plutôt que multiplier les bennes, il s’agit de mettre en place des machines capables de fabriquer des balles de carton ou de plastique de 400 kg occupant seulement un mètre cube. »
L’optimisation des process ne se limite pas à cet aspect. « En réalité, elle commence dès le poste de travail », insiste Jérôme Pickard. « Pour une entreprise spécialisée dans les technologies des accélérateurs de particules, dont nous gérons les flux, la solution a résidé dans la création d’îlots de tri à proximité immédiate des opérateurs. Ici, l’idée est de trier à la source les câbles, les plastiques et les papiers, puis d’organiser un transfert interne vers un stockage temporaire. Un tel processus permet en outre de ne pas perturber la chaîne de production, tout en garantissant une pureté maximale des matériaux collectés en vue de leur recyclage. »
En utilisant des technologies de compactage sur site, on peut par exemple transformer un flux de frigolite de 15 kg/m³ en briquettes denses de 300 kg/m³.
Mesurer pour savoir : l’importance du reporting
Enfin, une gestion moderne des déchets ne peut faire l’impasse sur la data. « En tant qu’entreprise certifiée ISO 14001, MCA Recycling mise sur la transparence absolue de la production réelle des déchets industriels et de leur recyclage via un reporting mensuel détaillé.
« Mesurer, c’est savoir. Si un client découvre qu’il a un taux de recyclage de 15 % à peine, il peut enfin agir », note Jérôme Pickard. « Ces rapports permettent de répondre aux contrôles des autorités, mais surtout de piloter une véritable stratégie d’économie circulaire. En travaillant avec des partenaires de proximité, comme des centres de traitement qui transforment la frigolite en parois acoustiques ou en chapes de construction, l’industrie prouve qu’elle peut être un acteur majeur de la transition écologique, à condition d’être correctement outillée et conseillée. »