Longtemps cantonné à un rôle de décorateur végétal en fin de chantier, l’architecte paysagiste s’impose désormais comme un pilier stratégique de la conception urbaine. Pour Edouard Vincent, Associé chez Landscape Design Partnership, le métier exige aujourd’hui une expertise pluridisciplinaire mariant hydrologie, botanique et écologie pour bâtir la ville de demain.

Edouard Vincent
ASSOCIÉ
L’intervention de Landscape Design Partnership commence bien avant le début des chantiers. « Via des diagnostics approfondis de la faune, de la flore et de la topographie, notre équipe analyse les carences et les potentiels d’un terrain », relève Edouard Vincent. « Cette vision dépasse la simple parcelle pour s’inscrire dans un écosystème global. Notre rôle est de valoriser les projets immobiliers par la durabilité et la résilience face aux aléas climatiques. En agissant sur le vivant, le paysagiste apporte une valeur ajoutée qui garantit la pérennité des actifs immobiliers. »
L’un des défis majeurs de la profession est l’anticipation. « Un arbre planté aujourd’hui doit pouvoir s’épanouir dans 50 ou 100 ans », poursuit-il. « Or, avec le dérèglement climatique, certaines espèces qualifiées d’indigènes aujourd’hui ne seront plus adaptées demain. » Dès lors, s’appuyant sur des scénarios prospectifs, le bureau sélectionne des palettes végétales capables de résister aux futurs îlots de chaleur et aux cycles d’humidité changeants. La végétation ne sert plus seulement l’esthétique ; elle agit comme un véritable climatiseur naturel pour le bâti.
Un arbre planté aujourd’hui doit pouvoir s’épanouir dans 50 ou 100 ans.
Gérer la goutte là où elle tombe
La gestion de l’eau constitue l’autre pierre angulaire de cette approche. Le principe directeur est clair : « gérer la goutte là où elle tombe ». « Sur le projet d’envergure ucclois Schlumberger, qui comprend 160 logements, nous avons mis en place un système de gestion performant : il parvient à rejeter zéro eau vers le réseau public. Cette autonomie hydrique, combinée à une expertise sur les nappes phréatiques affleurantes, illustre la technicité croissante du métier. »
Aujourd’hui, l’architecte paysagiste agit comme un véritable chef d’orchestre, assurant la fluidité entre les espaces et la cohérence des méthodes environnementales. Que ce soit pour le résidentiel, le tertiaire ou l’industrie, son intégration précoce est désormais incontournable. « On ne fait plus de projets pour le court terme. Face aux enjeux de société, la résilience est devenue le fondement même de toute nouvelle construction urbaine », conclut Edouard Vincent.