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Innovation & Compétitivité

L’art de la mesure, élément majeur de l’évolution d’une entreprise

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La transformation d’une entreprise est multidimensionnelle : environnementale, digitale et organisationnelle. Pourtant un élément essentiel passe trop souvent inaperçu : la métrologie – ou l’art de mesurer – et donc de connaître. Tout comme l’art aide une personne à s’épanouir, la métrologie permet de se développer au-delà de la simple reconnaissance du produit ou du service. Elle permet à l’entreprise de se rapprocher de sa raison d’être en s’intégrant avec intelligence et lucidité dans l’écosystème auquel elle appartient.

Patrick Powis de Tenbossche

CEO DE MALCOURANT

L’industrie de précision vit une révolution silencieuse. Longtemps cantonnée au rang d’étape finale de vérification, la métrologie – la science de la mesure – s’impose désormais comme un pilier stratégique de la chaîne de valeur. « Mesurer, c’est connaître », rappelle Patrick Powis de Tenbossche, CEO de Malcourant, citant le vieil adage du physicien et mathématicien britannique Lord Kelvin. Pour Malcourant, entreprise centenaire spécialisée dans le tournage et le fraisage de haute technicité, l’investissement dans des outils de contrôle tridimensionnels de pointe n’est pas un luxe, mais une condition de survie et de développement.

L’escalade de la complexité technologique

Le moteur de ce changement ? L’évolution fulgurante des bureaux d’études. «  Les ingénieurs dessinent aujourd’hui des pièces d’une complexité inédite, car ils connaissent les capacités des machines-outils modernes, comme l’usinage 5 axes continu », explique Patrick Powis. Cette complexité accrue, que l’on retrouve dans l’aérospatial, le médical ou l’automobile, rend les moyens de contrôle conventionnels insuffisants. Il ne s’agit plus simplement de vérifier un diamètre, mais d’objectiver la conformité de géométries complexes.

«  Cette exigence transforme la relation client-fournisseur », complète-t-il. «  Les grands donneurs d’ordre ne demandent plus une pièce conforme, mais une preuve documentée et traçable de cette conformité. En intégrant des capacités de métrologie de haut vol, le sous-traitant s’insère directement dans le processus du client, lui évitant des contrôles d’entrée coûteux et alourdissants. »

Beaucoup d’ateliers ne sont pas encore équipés, ce qui constitue un désavantage concurrentiel évident.

Un enjeu de souveraineté

Si le marché mondial des machines de mesure 3D (CMM) connaît une croissance annuelle de près de 9  %, l’Europe, et plus spécifiquement la Wallonie, doit accélérer la cadence. Patrick Powis porte un regard lucide sur la situation : « Par rapport à des régions limitrophes comme les Pays-Bas, nous avons pris un certain retard. Beaucoup d’ateliers ne sont pas encore équipés, ce qui constitue un désavantage concurrentiel évident. »

Face à l’industrie asiatique, l’Europe ne peut toutefois pas lutter sur le prix de la main-d’œuvre. « Sa carte maîtresse réside dans l’investissement technologique, la fiabilité totale et la traçabilité sans faille », estime le CEO. « Investir dans la métrologie, c’est donc investir dans la capacité à démontrer sa qualité. »

Au service de la sérénité humaine

Sur son profil LinkedIn, Patrick Powis se définit comme un « artisan d’une réindustrialisation wallonne humaine et collaborative ». Un paradoxe ? Au contraire. Pour lui, « la technologie, aussi pointue soit-elle, n’a de sens que si elle sert l’humain. Dans un secteur en proie à une pénurie structurelle de talents, la métrologie moderne est un outil de rétention et de bien-être. »

« Quand un opérateur produit une série de pièces sans avoir les moyens de les contrôler précisément, il travaille dans le doute, dans la crainte de la non-conformité. Lui donner des outils de mesure de pointe, c’est lui apporter de la sérénité », souligne-t-il. « Cette maîtrise technologique valorise le geste de l’usineur, sécurise son travail et renforce sa fierté professionnelle. L’artisanat moderne, c’est cette alliance entre le savoir-faire historique et la puissance de la technologie. »

Dans un secteur en proie à une pénurie structurelle de talents, la métrologie moderne est un outil de rétention et de bien-être.

Vers l’entreprise du futur

«  L’entreprise Malcourant, comme toutes les autres PME industrielles wallonnes, doit continuellement se transformer, investir et anticiper les attentes du marché. Il est important que chaque collaborateur devienne un acteur engagé du projet industriel », poursuit Patrick Powis de Tenbossche.

Dans ce contexte, la métrologie devient le langage commun entre la PME et le donneur d’ordre, un pont entre la précision du geste et les exigences rigoureuses du marché mondial, quel que soit le domaine d’activité. Cet art de la mesure est un élément nécessaire pour devenir un maillon indispensable de l’écosystème productif de demain.

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